La Fabrique Culturelle

La Fab sur la route des phares

Majestueux, mystérieux et porteurs d’histoires, la majorité des phares du Québec se dressent avec aplomb le long du fleuve Saint-Laurent. Lorsqu’on parcourt ses îles ou son littoral, notre regard se pose assurément sur ces fascinantes structures datant des 19e et 20e siècles, constructions résultant des nombreux naufrages s’étant produits sur cette voie navigable, à l’époque en plein essor. Ainsi, chaque phare a son histoire et ses particularités architecturales, en plus de faire l’objet de captivants témoignages des gens qui les ont habités. Le sujet est infiniment riche à explorer. Il y a également tous ceux et celles qui travaillent à maintenir vivants ces lieux uniques, des gens engagés dans la mise en valeur du patrimoine bâti, ou encore des artistes qui y puisent leur inspiration. La Fabrique culturelle vous propose une descente du Saint-Laurent qui vous permettra de découvrir autrement quelques-uns de nos joyaux patrimoniaux.

Le phare du Pilier-de-Pierre | 175 ans au milieu du Saint-Laurent

Au large de Saint-Jean-Port-Joli, le phare du Pilier-de-Pierre se dresse fièrement depuis sa mise au monde en 1843. Cette imposante sentinelle de pierres fut habitée jusqu’au 16 août 1960. Ce jour-là, Antonio Bourgault — dernier gardien en poste — a mis la clé dans la serrure. Son petit-fils Pierre-Yves Bourgault nous transmet sa passion pour l’histoire de ce phare, liée pour toujours à celle de sa famille. Aujourd’hui, le phare est automatisé et sert d’aide à la navigation, comme à ses débuts.

Patrick Matte, chasseur de phares

Phare de Pointe Mitis, Métis-sur-Mer. Crédit photo: Patrick Matte

En 2007, au hasard d’un voyage en Gaspésie, le photographe Patrick Matte est tombé sur le phare de Pointe Mitis. Intrigué, charmé par cette bête lumineuse, il l’a croquée sous toutes ses facettes durant trois jours. Dix ans plus tard, 43 bêtes dans son appareil, il poursuit toujours sa quête.

Crédit photo: Patrick Matte

Ce qui a commencé comme une simple curiosité pour ces bâtiments enveloppés de mystère, de poésie et de solitude s’est rapidement muée en une chasse aux allures de collection. Lentement, il a commencé à visiter les phares qui se présentaient à lui par hasard, avant d’en faire une véritable destination. Ainsi, pendant cinq ans, il a consacré toutes ses vacances à capturer la splendeur de ces bâtiments.

Tous les moyens étaient bons pour se rendre à destination, et ce, peu importe les conditions: en bateau, à pied ou en hélicoptère, dans la brume ou la pluie, de jour comme de nuit, le chasseur traquait ses proies. Une aventure des plus périlleuses lorsqu’on a peur de l’eau et des hauteurs comme Matte.

À force de sillonner le Québec à la rencontre de ces géants solitaires, Patrick Matte a tissé des amitiés avec les gens des diverses associations qui protègent et admirent ces monuments du patrimoine bâti. Pour les remercier de leur collaboration et les aider à protéger les phares encore existants, le photographe leur offre d’utiliser gratuitement ses photos.

Phare du Pilier-de-Pierre, Saint-Jean-Port-Joli. Crédit photo : Patrick Matte

Comme tout chasseur, Patrick Matte garde un attachement particulier pour certaines prises. Il y a le phare du Pilier-de-Pierre, à Saint-Jean-Port-Joli. Il s’agit de l’un des plus vieux bâtiments au Québec, construit en 1843 à partir de blocs de pierre transportés d’Écosse. La bête en elle-même est majestueuse, mais ce sont surtout les Amis du Port-Joli, protecteurs du phare, qui ont marqué l’esprit du photographe.

Phare de Pointe-Sud-Ouest, Anticosti. Crédit photo: Patrick Matte

Il y eut également cette aventure sur l’île d’Anticosti, afin d’y photographier les sept phares qu’elle abrite. Un moment de grâce baigné de brume, quelque peu hors du monde, où le phare de Pointe-Sud-Ouest s’est présenté à lui comme sorti d’une autre contrée.

À l’aube de terminer sa collection par la prise d’images des deux derniers phares aux Îles-de-la-Madeleine, Patrick Matte n’a pas d’autres aventures en tête. Une exposition de ses photos sera présentée au Site historique maritime de la Pointe-au-Père, à Rimouski, jusqu’en octobre 2019. Il documentera également son dernier périple à l’île Brion et au Rocher aux Oiseaux sur son site de chasseur de phares.

Qui sait: peut-être toutes ses prises se retrouveront-elles un jour dans un livre, question que la beauté de ces bêtes lumineuses continue de briller?

Haut-fond Prince | Un film de Martin Rodolphe Villeneuve

Martin Rodolphe Villeneuve, un réalisateur chicoutimien, a fait de la Toupie — le phare qui trône au large de Tadoussac — le personnage central de son film Haut-fond Prince: « Un romancier (Sasha Samar) s’inspire de la fameuse tempête de Noël 1966 dont les vagues d’une quinzaine de mètres (45 pieds) ont secoué le “pilier” et traumatisé ses trois gardiens. Amené en bateau par le capitaine Dupuis (Raymond Bouchard), l’écrivain s’isole un mois sur le phare avec les documents, fruit de ses recherches pour écrire “en contexte” une nouvelle mettant en scène les gardiens rescapés de cette tempête».

Moyen métrage de 44 minutes

Le phare de l’île Verte | Ode à la lenteur

Artiste de la langue, poète et slameuse, Véronique Bachand a choisi de vivre en retrait du rythme effréné de la société contemporaine en s’établissant six mois au phare de l’île Verte. Cette prise de position radicale servira de prélude à la création d’une œuvre poétique.

Klô Pelgag en perfo au sommet du phare de La Martre

Au petit matin, bien à l’étroit au sommet de ce phare qu’elle affectionne tout particulièrement, Klô Pelgag fait sublimement résonner la tour de bois de 19 mètres (63 pieds). Après avoir transporté leurs instruments par l’exigu escalier de bois en colimaçon, Klô et ses musiciens nous invitent dans leur univers coloré en nous offrant Le dermatologue, une pièce tirée de l’album L’alchimie des monstres.

Audrey Beauchemin et le phare de l’île aux Perroquets

Vers 2010, le parcours atypique de l’artiste et entrepreneure Audrey Beauchemin l’a conduite sur l’île aux Perroquets. Alors qu’elle était installée en Minganie depuis son départ de Montréal, on lui a confié le mandat de créer la Corporation de l’île aux Perroquets, pour assurer la préservation de ce site exceptionnel ainsi que la restauration des bâtiments patrimoniaux, qui seraient transformés en auberge haut de gamme.

Chaque phare a son signal sonore et visuel. À l’île aux Perroquets, c’est un «flash», qui se répète aux cinq secondes. La recherche visuelle qu’Audrey poursuit, dans la recréation du paysage, dans la réflexion de ses limites et de ses contours, fait écho au paysage façonné par l’humain de l’île des oiseaux, sanctuaire du macareux moine. Le travail d’Audrey contribue à redonner ses lettres de noblesse à ce lieu unique, de même qu’à préserver cette lumière de la Minganie.

La malédiction du phare du Rocher aux Oiseaux

Rocher aux Oiseaux. Crédit photo: Municipalité des Îles-de-la-Madeleine

L’énigmatique phare du Rocher aux Oiseaux, isolé au milieu du golfe du Saint-Laurent, recèle des histoires qui ont longtemps hanté ses gardiens, leurs familles et la population des Îles-de-la-Madeleine. Morts et blessés s’y sont succédé durant des décennies, laissant ainsi planer le mystère sur cet énorme rocher. Ayant recensé des dizaines de témoignages, Byron Clark en a même écrit un livre. Ce phare, construit en 1870, fait partie des premiers à avoir été érigés aux Îles-de-la-Madeleine. Jusqu’à ce jour, environ 1000 naufrages sont comptabilisés dans cette région du golfe.

Qui de mieux placé que le Madelinot Cédric Landry, conteur et artiste multidisciplinaire fasciné par les phares, pour nous raconter ces histoires funestes?

Rocher aux Oiseaux. Crédit photo : Tourisme Îles de la Madeleine

Remerciements et informations complémentaires

Remerciements : Robert Desrosiers, Jean-Marie Fallu, Lise Cyr, Marc-Antoine Charlebois; Phare de La Martre, Christian Marcotte et l’équipe du Musée régional de la Côte-Nord et du Vieux-Poste de Sept-Îles, la Corporation de l’Île aux Perroquets, Olivia Jomphe et l’équipe de Parcs Canada et de la Réserve de parc national de l’Archipel-de-Mingan, la famille Loiselle et le capitaine Arnold Beaudin, Musée maritime du Québec, Jean Parent et Guy Gendron, Municipalité des Îles-de-la-Madeleine et Tourisme Îles de la Madeleine