La Fabrique Culturelle

Audrey Beauchemin et le phare de l’île aux Perroquets

Il y a exactement 35 ans, Parc Canada a fait l’acquisition de l’Archipel des îles Mingan, soulignant par le fait-même le caractère unique et précieux de ses paysages lunaires, flanqués de monolithes. L’île aux Perroquets, île d’inspiration dira-t-on, a vu plusieurs gardiens de phare se succéder. Les écrits de Henry de Puyjalon, naturaliste et premier gardien, ont permis de grandes avancées dans la connaissance des ressources naturelles de la Côte-Nord, mais aussi d’autres types d’ouvrages, dont « Récits du Labrador » (1894), qui n’a malheureusement jamais été réédité depuis. Quelques années plus tard, Placide Vigneault, dans un journal de bord rigoureusement tenu 70 ans durant, fit la chronique du quotidien des habitants de la Côte-Nord, manuscrits d’une valeur inestimable. Mary Collin-Kavanagh, épouse de l’avant-dernier gardien de phare, Robert Kavanagh, a quant à elle consigné les souvenirs de ses vingt-cinq années passées sur l’île dans le recueil : « Femme de gardien de phare », ouvrage qui rend hommage en quelque sorte à toutes les femmes qui ont élevé leurs familles à l’ombre des phares, tout le long du St-Laurent. Une si petite île, 150 mètres par 300, mais les histoires et anecdotes qu’elle et ses illustres habitants recèlent sont innombrables. Chaque phare a son signal sonore et visuel. À l’île aux Perroquets, c’est un flash aux 5 secondes et fait intéressant, c’est une des seules stations de phare à avoir eu deux criards de brume qui tonitruaient en alternance, pour tenir compte de la direction des vents, le nordet ne transportant pas le son vers les bateliers. Ainsi le Tyfon s’est ajouté au Diaphone, vers 1956.

Et vers 2010, le parcours atypique de l’artiste et entrepreneure Audrey Beauchemin la conduira sur l’île aux Perroquets, alors qu’installée en Minganie depuis son départ de Montréal, on lui confie le mandat de créer la Corporation de l’Île aux Perroquets, pour assurer la préservation du site exceptionnel et la restauration des bâtiments patrimoniaux en une auberge haut de gamme.

Après des études en graphisme, elle complète un baccalauréat en arts visuels à l’UQAM et obtient un diplôme en gestion d’organismes culturels des HEC. Pour Audrey, l’artiste est intrinsèquement un entrepreneur et doit connaître et comprendre le langage propre à l’entreprise pour exceller dans son art. Elle a créé l’Usine à Paysage pour que sa peinture se mette en mouvement. Son usine, sa « shop » dira-t-elle, est un prétexte à la rencontre tout comme le paysage en devient un. Quand on a reproduit 150 fois la ligne d’horizon d’un paysage, on quitte la conscience du geste répété pour plutôt conscientiser le contexte du travail d’équipe en série, on ouvre la conversation. La recherche visuelle qu’Audrey poursuit, dans la recréation du paysage, dans la réflexion de ses limites, ses contours, fait écho au paysage façonné par l’humain de l’île des oiseaux, sanctuaire du Macareux moine, et auquel elle participera à redonner ses lettres de noblesse.

Une performance musicale du groupe «The Nationals» a été réalisée dans le phare de l’île aux Perroquets, vous pouvez l’écouter ici : https://vimeo.com/23889149

http://www.ileauxperroquets.ca/

Crédits

Réalisation : Virginie Lamontagne

Caméra et montage : Guillaume Thibault

Technicien en production régionale : Michel Neault

Cette capsule a été filmée en partie à la réserve de parc national de l'Archipel-de-Mingan (Québec) avec l'autorisation de Parcs Canada.

Photographies de la « série rouge » de paysages d’Audrey Beauchemin par Marie-Claude Plasse

Photographies du lieu d’exposition et de l’Usine à Paysage par Myriam Ménard

Vidéo de la performance artistique de l’Usine à Paysage par Hélène Brown

Œuvres en cours d’Audrey Beauchemin dans son atelier de Sept-Îles

Merci à Christian Marcotte et à l’équipe du Musée régional de la Côte-Nord et du Vieux-Poste de Sept-Îles.

Merci à la Corporation de l’Île aux Perroquets.

Merci à Olivia Jomphe et à l’équipe de Parcs Canada et de la Réserve de parc national de l’Archipel-de-Mingan, à la Famille Loiselle et à notre capitaine Arnold Beaudin.