La Fabrique Culturelle

Nicolas Tittley à Formule Diaz

Les trois capsules passionnantes de La Fab

La Fabrique est de retour ! Nicolas Tittley à Formule Diaz a sélectionné trois capsules passionnantes cette semaine.

Chloë Ellingson est une photojournaliste qui s'est intéressée au train Sept-Iles-Schefferville et à ses passagers, et qui a passé plus de 300 heures dans ce train pour documenter cet univers à part. Lumière sur le couple d'artisans potiers au surnom évocateur, l'Arbre et la rivière, qui réalisent ensemble de magnifiques pièces en céramique, en utilisant des méthodes traditionnelles et en s'inspirant des attributs de leur région de Lanaudière. Et gros plan sur Marcelle Ferron, alors que le Musée d'art contemporain de Baie-Saint-Paul consacre une exposition à cette grande artiste associée au Refus Global.

CHLOË ELLINGSON À BORD DU TSHIUETIN Entre Sept-Îles et Schefferville : pas de route, mais une voie ferrée. Le tracé du chemin de fer suit celui, piétiné, des portages millénaires. Ce sont plus de 13 aller-retour qu’aura faits la photojournaliste Chloë Ellingson à bord du Tshiuetin, le vent du Nord, pour capter avec grande sensibilité, la culture singulière à bord du train, cet espèce d’espace. Deux longs, un court, un long. 10 secondes avant de traverser une voie le train crie. Par les fenêtres du train Tshiuetin, on voit aujourd’hui un paysage que seuls les valeureuses et les valeureux voyaient, la remontée ancestrale vers le Mushuau Nipi par les grandes rivières n’était pas un voyage de plaisance. Il fallait deux mois. Les bancs de sable que forment les méandres de la rivière Mishta-Shipu (Moisie) sont piqués de grandes perches de bois, plantées là où on n’a plus besoin de l’outil pour diriger le canot. À chaque passage, une perche s’ajoute, à côté de celles que des aïeuls ont laissées, en montant dans le Nord, depuis des générations. À partir du mile 146 environ, les rivières convergent vers le Nord, se versent dans l’Ungava, rejoignent l’Arctique. Au mile 163, un groupe d’adolescents descend du train pour se rendre dans un camp, une semaine de réappropriation des traditions. Vers le mile 240 à chaque poteau électrique qui longe la voie, un nid de balbuzard. Il fait nuit, un passager descend avec tout son attirail, il aperçoit soulagé son petit-fils qui l’attend sur son skidoo au mile 330, point de rendez-vous. Chloë Ellingson a passé plus de trois cents heures à bord du train, à côtoyer les passagers, à écouter, à regarder, à capter l’importance culturelle de ce monde à part et mobile, de cette percée dans le territoire. Nous avons eu le bonheur de l’accompagner dans son dernier voyage dans le train, de Sept-Îles à Schefferville, avant la publication dans The Walrus Magazine de son grand reportage Wind of the North.

L'ARBRE ET LA RIVIÈRE | ARTISANS POTIERS Entre l’Arbre et la Rivière, il y a une complicité et une complémentarité qui s’explique à peine. Il y aussi le temps, beaucoup de temps. Parce que Geneviève Boudreault et Matthieu Huck, artisans potiers, ont choisi de travailler avec le four à bois traditionnel plutôt que le four électrique. Un choix qui se traduit par des cuissons pouvant aller jusqu’à 20 heures de travail continu… mais aussi des résultats uniques et spectaculaires. « On doit se mouler à l’exigence de l’argile. C’est l’argile qui façonne le potier » - Matthieu Huck. Situé à Saint-Damien dans la région de Lanaudière, l’atelier de l’Arbre et la Rivière inspire autant par ses lieux que ses artisans. La nature avoisinante et la richesse du patrimoine de la région se retrouvent dans chacune de leurs pièces, grâce à la touche esthétique de Geneviève. D’où ce sentiment d’intemporalité qui caractérise leurs créations. Mais pas question d’en faire des bibelots précieux ou des éléments de décoration : le plus beau compliment que l’on puisse faire à un potier, c’est d’utiliser le fruit de son travail au quotidien.

MARCELLE FERRON. ARTISTE REBELLE, FEMME D'EXCEPTION Méfie-toi du blanc, une exposition des œuvres de Marcelle Ferron à Baie-Saint-Paul, suscite intérêt et engouement. Voilà une occasion rêvée de rencontrer ses trois filles et de survoler la carrière de cette immense artiste, une femme d'exception. Marcelle Ferron a vu le jour le 29 janvier 1924 à Louiseville. Fille de notaire, sœur de Madeleine, Jacques, Paul et Thérèse, elle étudie à l’École des Beaux-Arts de Québec d’où elle fut expulsée au début des années 40. Elle se retrouve à Montréal et y rencontre Paul-Émile Borduas, ce qui l'amènera au cœur du mouvement des Automatistes. En 1948, elle signe le fameux manifeste Refus global. En 1953, elle décide de vivre avec ses trois filles à Paris où elle travaille, peint et s’initie au vitrail. De retour au Québec en 1966, elle reçoit le mandat de créer une œuvre pour une des stations du tout nouveau métro de Montréal. Encore aujourd’hui, l’immense verrière ornant la station Champ-de-Mars témoigne de cette époque de changement et d’effervescence. Cette production reste marquante, rebelle et résolument moderne. Ferron n’a jamais cessé ses activités de création. Ses toiles comme ses vitraux se retrouvent en de nombreux espaces publics partout au Québec. Marcelle Ferron est décédée à Montréal le 19 novembre 2001.

L’exposition Méfie-toi du blanc se tient au Musée d’art contemporain de Baie-Saint-Paul jusqu’au 4 juin 2018. Le commissaire René Viau a choisi de rassembler des œuvres créées après 1973, alors que Ferron effectuait un retour à la peinture sur chevalet qu’elle avait délaissée depuis plusieurs années.

Formule Diaz est présentée le lundi à 21 h sur les ondes de Télé-Québec et rediffusée le vendredi à 11 h et le dimanche à 14 h.

Visionnez cet épisode complet de Formule Diaz.

Crédits

Produit par Trio Orange

Réalisatrice-coordonnatrice : Marie Carpentier