La Fabrique Culturelle

Quatre lectures à glisser sous le sapin

Par le Salon du livre de l’Outaouais

Les premières neiges pointent le bout de leur nez. Rudolphe fera bientôt glisser le sien, tout rouge, au-dessus de vos demeures, et les chansons clinquantes de fausseté envahissent les surfaces commerciales. Aucun doute: c’est le temps des Fêtes qui approche; l’hiver dans toute sa splendeur qui s’abat sur nous! La Fab et le Salon du livre de l’Outaouais (SLO) vous proposent quatre lectures d’auteurs et d’autrices de l’Outaouais avec lesquelles vous emmitoufler bien au chaud durant cette période. Il y en a pour tous les goûts! 

 Copeaux

Pièce de théâtre de Mishka Lavigne 

Inspirée par le travail de l’artiste visuel Stefan Thompson, qui crée des œuvres envoûtantes et inquiétantes à partir de pigments naturels se décolorant doucement avec les années, Mishka Lavigne propose avec Copeaux (Éditions L’Interligne, Prix du Gouverneur général 2021) une pièce de théâtre sur une relation amoureuse qui s’effrite. Comme les copeaux de bois tombent à mesure qu’on travaille une sculpture ou un meuble, les souvenirs et les couches de moments partagés entre ELLE et LUI, les deux personnages archétypaux sans nom, s’estompent «sans grand éclat, mais non sans ravage», nous dit l’éditeur. Empreint d’une immense poésie, le texte de Lavigne est parfait pour une soirée de douce nostalgie près d’un foyer aux bûches crépitantes alors que votre regard se promène entre le bois qui se consume et les mots qui flottent entre passé et présent sur la page.

 

Mégantic, un train dans la nuit

Bande dessinée documentaire de Christian Quesnel

La tragédie du 6 juillet 2013, à Lac-Mégantic, vue par le trait si évocateur de Christian Quesnel (bédéiste de renom): c’est ce que propose sa récente collaboration avec Anne-Marie Saint-Cerny, parue aux éditions Écosociété. Rappelons les faits: «En cette chaude nuit d’été, un train de 72 wagons chargés de pétrole explosif et sans conducteur dévale la pente qui mène au cœur de cette localité québécoise. Il en pulvérise le centre-ville, carbonisant 47 victimes prises au piège.» Cela peut sembler contre-intuitif de plonger dans une œuvre si sombre alors que le moment est à la réjouissance, mais qui dit temps des Fêtes dit aussi retour sur l’année qui vient de passer et résolutions d’avenir. La bande dessinée de Quesnel nous rappelle qu’il importe de s’informer sur le fonctionnement de notre monde pour mieux le remettre en question et éviter de pareilles affres dans le futur. Et puis, honnêtement, c’est aussi une très bonne BD! 

J’ai appris ça au cirque 

Recueil de poésie jeunesse de Baron Marc-André Lévesque 

Le poète originaire de Gatineau Baron Marc-André Lévesque (un titre de noblesse qu’il s’est lui-même octroyé!) a un imaginaire foisonnant. Dans J’ai appris ça au cirque (La courte échelle), le poète nous propose de suivre une jeune ado émerveillée, ricaneuse et surtout rêveuse sur les sentiers du parc de la Gatineau, sur les bancs d’école et, comme le titre du recueil l’indique, dans les rencontres du club de cirque. Tout le monde qui est passé par l’école secondaire, cette «usine à grandes décisions / toutes imprécises», s’y reconnaîtra! C’est drôle, c’est tendre et surtout empreint d’une immense bienveillance, puisque «dans les nœuds entassés du rire / on se fait des amis». À offrir aux jeunes et aux moins jeunes! 

Y avait-il des limites si oui je les ai franchies mais c’était par amour OK 

Roman autofictif de Michelle Lapierre-Dallaire 

Attachez votre tuque: ce livre n’est pas facile, et il vient même avec un avertissement quant au contenu violent qu’il contient. Reste que c’est un roman nécessaire, porté par une plume d’une grande justesse. La première autofiction de Michelle Lapierre-Dallaire porte sur les trop nombreux et immenses abus dont la narratrice a été victime depuis un très jeune âge. Construit en aller-retour entre le passé et le présent, le récit suit les circonvolutions de l’esprit de la narratrice, qui cherche des repères dans un monde misogyne et malade. On le lit d’un coup pour s’accrocher avec elle aux pépites de beauté qui rendent notre monde habitable, après et malgré tout. Une jeune voix de la région à suivre. Pour lectrices et lecteurs avertis.  

Un texte de Clara Lagacé, du Salon du livre de l’Outaouais

Photo: Drew Offman via Unsplash