La Fabrique Culturelle

Temps de porcelaine, par Joëlle Gauvin-Racine

Revue «Caminando»

Ce poème est tiré du premier numéro du volume 35 de la revue Caminando, une collection diverse et unie de voix qui transcendent les frontières réelles et imaginaires, venant briser le silence autour des inégalités engendrées et exacerbées par l’avènement de la pandémie de COVID-19.

Ce texte est présenté en collaboration avec la Société de développement des périodiques culturels québécois (SODEP).

Temps de porcelaine

Par Joëlle Gauvin-Racine

verglas
bourrasque
dégel de mort nette

petit manteau
panique polie
devant les assainisseurs

bouffée de chaleur
sous les tissus synthétiques
ignorer les chairs

salutations hors d’usage
tendresse suspendue
mains suspectes
plexiglass

regard étroit légal
vos agonies dans nos angles morts

nous sommes des bons candidats au naufrage

nous arpentons les heures
hébétés
surpris de la survivance
nous attendons
des étreintes improbables

temps de porcelaine

insomnie
suspendre les alarmes
saccager ce qui clignote

tenir à distance
nos parents
nos neveux neufs
nos impatiences

il en pleut des cailloux
sur nos têtes de faïence

le printemps précipite
le choc des espèces

les nombres nous ignorent

prisonniers de la courbe
nous scrutons la crainte
nouvel horizon
les sapins presque noirs

temps de porcelaine

Pâques redevient un festin
qui nous échappe
une autre assiette qui se casse

au-dessus du lavabo
une prière épinglée

conjurer le sort
la disette
vos dires

espoirs ébréchés
drapeaux rouges
aux fenêtres solitude

ailes séchées
allumettes

retenir son souffle
rester doux avec les branches les nôtres

temps de porcelaine

tendresse vivace

chercher la suite
entre les bourgeons
les pierres

croire encore
dans le corps
le ralentissement général

ce qui fait retour
en même temps que l’eau

 

Née à Québec, Joëlle Gauvin-Racine vit et crée dans la région de L’Islet. Elle est anthropologue et poète. En 2018, elle a été finaliste du prix de poésie Geneviève-Amyot et, en 2019, lauréate du concours de poèmes-affiches organisé à l’occasion du Mois de la poésie, à Québec. Elle contribue depuis plusieurs années à Caminando et aux activités du Comité pour les droits humains en Amérique latine (CDHAL).


Vous avez aimé ce que vous avez lu? Ce texte est tiré du volume 35, no 1 de la revue Caminando.

Revue Caminando
Crédit couverture: Mélissa Sokoloff

 

Image de la une: Leplesh