La Fabrique Culturelle

Schop s’invite à la Nuit de la lecture

Ce texte, tiré du numéro 13 de la revue Entrevous, est présenté en collaboration avec la Société de développement des périodiques culturels québécois (SODEP).

Le texte a été lu par Patrick Coppens lors de la Nuit de la lecture à la bibliothèque Germaine-Guèvremont de Laval, le 18 janvier 2020. L’événement a été produit en partenariat avec la Société littéraire de Laval, l’éditrice de la revue d’arts littéraires Entrevous.

D’accord, a dit Patrick Coppens, ce sera Schopenhauer (1). Je vais lire quelques paragraphes bien choisis de son œuvre (ou plus si vous insistez). Je le savais, que ce serait encore lui, ce soir. Je le place dans toutes les conversations, en affirmant d’un air gourmand: «Et comme disait Schopenhauer…» Après cela, tout y passe! Citations authentiques, déformations accidentelles ou délibérées et pures inventions… Ah! la plaisante culpabilité à mettre les grands à sa pointure!

Un texte de Patrick Coppens

Schop m’était devenu formidablement familier, et il était ma principale source d’inspiration. Quand certains de mes amis se récriaient: «Mais, je n’ai jamais lu ça dans Schopenhauer!», je répliquais en baissant la voix, modeste et suave, sur le ton de la confidence: «Je vous crois volontiers, c’est que j’ai pu consulter les 4700 pages auxquelles le grand public n’aura accès qu’en 2047.» Et je hochais doucement la tête, conscient de la faveur qui m’aurait été faite. Après un court silence, j’ajoutais: «J’ai voulu simplement partager.»

J’imagine que Schop ne m’en tiendra pas rigueur, en bon philosophe: il savait qu’avec les poètes, on peut s’attendre à tout, que certains hommages sont inattendus et que — parfois — d’authentiques vérités se passent outrageusement d’exactitude. Vive Schop! Quoi qu’il en soit, ce n’est pas lui qui viendra me contredire avant un certain temps…

Quand la pensée dépasse le mot, elle se retrouve dans l’ineffable, la fable innée, territoire du sacré.

Le mot fait la course avec la pensée. Quand la pensée dépasse le mot, elle se retrouve dans l’ineffable, la fable innée, territoire du sacré; puis — si on insiste — on tombe dans l’atroce non-dit, celui qui défigure le silence. Quand le mot dépasse dangereusement la pensée, on se prend d’abord pour un orateur, mais on finit toujours par s’excuser, même à Schop que je n’ai — aveu tardif — guère lu, mais qui ne cesse de m’inspirer. Je l’avoue. Souhaitons seulement que la parole en actes — la poésie — ne se blesse pas trop à la fureur de son mystère.

Note

(1) Le philosophe allemand Arthur Schopenhauer (1788-1860) a fortement influencé les penseurs, les écrivains et les artistes des XIXe et XXe siècles, à travers une œuvre qui préfigurait l’existentialisme. Nos contemporains le redécouvrent, parmi eux Patrick Coppens, qui a fait sienne cette célèbre proposition de son cher Schop: «Le monde est ma représentation.»


Vous avez aimé ce que vous avez lu? Ce texte est tiré du numéro 13 de la revue Entrevous.

Photo de la une: Diane Landry