La Fabrique Culturelle

Mois du polar: quatre livres qui donnent des frissons

Salon du livre de l'Outaouais

En collaboration avec le Salon du livre de l’Outaouais (SLO), et à l’occasion du Mois du polar à Gatineau, #LaFab vous propose quatre titres à mettre absolument dans votre pile à lire pour goûter au plaisir des frissons! Les quatre auteurs et autrices participaient par ailleurs à la Nuit du polar à la Maison Fairview, le 16 novembre dernier, pour livrer des performances à glacer le sang. #LaFab s’est rendue sur place pour immortaliser la soirée grâce à quelques clichés.

Le crime n’a rien d’extraordinaire en soi; ce qui me fascine, ce sont les détails de ce crime.
— Alfred Hitchcock

Tuxedo Kid: la beauté du diable, de Raymond Ouimet (Septentrion)

Raymond Ouimet

Originaire de l’Outaouais, Raymond Ouimet est passionné d’histoire criminelle. Auteur de plusieurs ouvrages sur ce thème, il propose, avec Tuxedo Kid: la beauté du diable, une plongée dans le Québec des années 1930 à 1950 aux côtés de l’un de ses plus crapuleux meurtriers. Surnommé «Tuxedo Kid» en raison des costumes de gala qu’il portait lors de ses apparitions en cour, Léo-Rhéal Bertrand a été déclaré coupable le 21 mai 1952 — après maintes péripéties — de l’homicide de sa deuxième femme, Dolorosa Trépanier, appelée Rosa. Le dandy originaire de Saint-Polycarpe, une petite bourgade située près de Vaudreuil, présentait les caractéristiques d’un véritable psychopathe. Bien que l’homme ait été jugé non coupable du meurtre de sa première épouse, Rosa-Anna Asselin, les circonstances de la mort de cette dernière sont pour le moins douteuses. Deux Rosa qui, par ses mains, auraient trouvé leur fin. Un bilan inquiétant… sans parler d’un braquage de banque et d’autres basses entreprises à découvrir dans le compte rendu historique très fouillé de Ouimet — halte au divulgâchage! La plume limpide de l’auteur rend contemporain le récit haletant des transgressions de ce prédateur misogyne, en plus de faire un arrêt sur image fort intrigant sur la région d’Ottawa-Gatineau pré-Révolution tranquille.

Insularités, d’Isabelle Amonou (Goater noir)

Isabelle Amonou

C’est sur une petite île bretonne que nous convie Isabelle Amonou avec Insularités. Le polar de cette auteure française en résidence d’écriture à la Maison Fairview, à Gatineau, en novembre 2019 entrecroise deux récits: celui de la disparition inexplicable de Sarah, survenue autour du nouveau millénaire — un récit que l’on suit 20 ans plus tard —, et celui d’une mort héroïque qui s’est produite en 1943, durant la résistance à l’Occupation. Seront dévoilées bien des surprises et bien des déceptions en filigrane de ces obsédantes absences.

Matthieu, l’ancien copain de Sarah, se rend sur l’île qui l’a vu naître lorsqu’un squelette est retrouvé dans une dune du littoral. Ce pourrait très bien être ce qui reste de Morland, l’homme avec qui l’on soupçonnait jusque-là Sarah de s’être enfuie. Mais alors… où est Sarah? Morte, évadée, partie refaire sa vie au Brésil? Cette question obsède Matthieu depuis une vingtaine d’années et guide le lecteur dès les premières pages. L’intrigue est forte; les personnages, très bien articulés; et la toile de fond de la Deuxième Guerre mondiale agit comme un habile contrepoids à la trame contemporaine. On s’enfonce dans le plus récent opus d’Amonou comme les personnages s’enfoncent les méandres d’une h(H)istoire, victimes de la fragilité de l’écosystème d’une île et des silences générationnels dévastateurs.

Rinzen et l’homme perdu et Rinzen: la beauté intérieure, de Johanne Seymour (Expression noire)

Johanne Seymour

Il y a Rinzen Gyatso, lumineuse enquêtrice née de parents immigrés du Tibet, autour de qui tous les personnages gravitent. Il y a aussi Luc Paradis, son partenaire d’enquête, un homme gai insomniaque qui cherche l’amour sans réussir à se l’avouer. Et, enfin, il y a Gerry Desautels, leur lieutenant, rongé par ses nombreuses années au sein des forces policières et trop souvent au bord du gouffre. Ces étonnants personnages sont au cœur des deux premiers tomes de Johanne Seymour (trilogie annoncée!), dont le plus récent titre, Rinzen: la beauté intérieure, remet en question les apparences trompeuses.

Détective peu ordinaire, Rinzen « survi[t] à son métier parce qu’elle parv[ient] à ne pas laisser son travail contaminer sa vie privée. Elle [a] l’étonnante capacité d’exister presque entièrement dans le moment présent. Ses pratiques méditatives [l’ont] conduites là» (Rinzen et l’homme perdu, page 29). Dans le deuxième tome, on s’intéresse à l’assassinat d’une Mexicaine anonyme dont le torse est brûlé par l’inscription «la chica fea» (la femme laide), rappelant que le Mexique est aux prises avec un grave problème de féminicides. S’enchevêtrent pleine conscience et meurtres à teneur politique. La série de Seymour s’intéresse autant aux quêtes personnelles des personnages qu’aux enquêtes criminelles, et c’est d’une rafraîchissante humanité. Vivement le troisième volume! Pour enfin résoudre l’affaire de L’homme perdu

Faims, de Patrick Senécal (Alire)

Patrick Senécal

Dans le douzième roman de notre Patrick Senécal national, Faims — paru en 2015 et réédité en format poche en 2019 —, la tranquillité si chère à la petite communauté de Kadpidi et à la famille de Joël Leblanc est ébranlée. Des désirs inadmissibles et longtemps refoulés voient le jour. C’est qu’un cirque ambulant, l’Humanus Circus, vient s’installer dans le coin de cette ville fictive située non loin de Sorel-Tracy, le soir du Bal du Chien-Chaud. La famille de Joël Leblanc, kadpidien et enquêteur à la Sûreté du Québec qui croupit dans un quotidien sans histoire, ne ressortira pas indemne de sa rencontre avec les acrobates et saltimbanques, les marginaux et excentriques. Roman à suspense policier au seuil de l’horreur (l’arme sanglante des meurtres est un râteau!) comme Senécal sait si bien les faire, Faims propose 593 pages pour vous rassasier… question d’assouvir votre appétit du genre. Le résultat laisse planer une inquiétante familiarité.

D’ailleurs, #LaFab a rencontré Patrick Senécal pour lui parler de ses lecteurs assidus, et aussi pour s’entretenir de la réalisation de films.

 

Un texte de: Clara Lagacé, du Salon du livre de l’Outaouais

Photo de la une:  Ian Espinosa via Unsplash