La Fabrique Culturelle

Lectures #LaFab: 5 livres entre féminisme, érudition et apprentissage

En collaboration avec la Maison de la littérature de Québec, #LaFab vous propose cinq titres récents à mettre absolument dans votre pile à lire!

Les suggestions de la Maison de la littérature de Québec:

Mayonnaise – Éric Plamondon / Le Quartanier 

Mayonnaise est une sorte de livre-carnet où s’assemble l’érudition et l’originalité d’Éric Plamondon. Tout au long de la lecture, les fils de la narration relient adroitement la vie de Brautigan, le dernier des beatniks, aux grands événements de l’histoire universelle et aux anecdotes vécues par le personnage de Gabriel Rivages. L’intérêt du roman réside surtout dans la force subtile des pensées du narrateur. (par Bobby Aubé)

Les fées ont soif – Denise Boucher

Les mots de Denise Boucher n’ont pas vieilli. Véritable hymne à la femme, à son désir assoiffé de liberté et à son combat face aux carcans et aux clichés. Les archétypes de la femme que nous brossent les trois voix : la mère Marie, la putain Madeleine et la statue de la Vierge Marie tracent le dur labeur semé de petites et grandes violences afin de parvenir à la liberté. (par Céline Ibanez)

Les suggestions #LaFab:

Prendre corps – Catherine Voyer-Léger / La Peuplade 

Sous une forme fragmentée, l’auteure propose une fascinante incursion dans les différentes parties, tant anatomiques que métaphoriques, qui constituent le corps humain. Posture, nerfs, ventre, reins, mâchoires, larmes, sexe, souffle. Des dizaines de mots sont alignés dans une jolie mise en page où alternent les feuilles rose chair des chapitres à celles, blanches, des courts textes offerts par Catherine Voyer-Léger.

À l’origine un projet de blogue intitulé Corps dedans/dehors, la transposition en livre, en matériel tangible, tombe tout à fait sous le sens. Car dans ce livre qui marie poésie, aphorismes intimes et notes personnelles, on explore les sensations corporelles, les souvenirs que laissent sur la peau et le corps les objets, les gens, les situations singulières. On apprécie de donc de pouvoir tenir entre ses mains un objet concret, pour mieux absorber ces mots qui nous font entrer dans l’intimité de l’auteure, dans ses réflexions sur la vie, sur la maternité, sur le désir ou son absence. À lire doucement, en prenant le temps de savourer l’écriture et en s’arrêtant de temps à autre pour penser à son propre rapport au corps.

Récolter la tempête – Benoît Côté / Nota Bene 

Ce premier roman de Benoît Côté nous a un peu fait l’impression d’être le pendant masculin de La Déesse des mouches à feu de Geneviève Petersen. Les deux histoires présentent des thèmes curieusement similaires (l’adolescence à l’ère du grunge, la vie loin des grands centres, les premières fois en tout genre, le suicide, etc.), en plus d’évoquer, non sans symbolisme, deux grandes catastrophes naturelles ayant marqué le Québec, le déluge du Saguenay chez Petersen et la crise du verglas chez Côté. Campé dans un petit village de Montérégie, Récolter la tempête suit les pérégrinations adolescentes de Sam, un jeune homme plutôt singulier, et de sa bande d’amis. Ce roman d’apprentissage aux notes à la fois touchantes et humoristiques se démarque par l’universalité du propos et la richesse du langage, mais surtout par la remarquable authenticité du ton, qui fait en sorte que le lecteur plonge instantanément dans l’univers des protagonistes et s’y reconnaît assurément un tout peu.

Un livre sur Mélanie Cabay – François Blais / L’Instant même 

François Blais a toujours un peu fait l’effet d’un ovni sur la scène littéraire québécoise, et cette curieuse petite plaquette ne pourra que renforcer cet état de choses. Il ne s’agit pas d’un roman, mais bien d’un récit, qui se penche sur une sinistre histoire de meurtre, en l’occurrence celui de la jeune Mélanie Cabay, brutalement assassinée alors qu’elle rentrait d’une soirée entre amis au début de l’été 1994. Blais révèle son obsession envers la sordide affaire et la revisite sous toutes ses coutures, réussissant miraculeusement à saupoudrer un peu d’humour par-ci par-là, question de rendre le tout tolérable. Le livre aurait tout aussi bien pu s’intituler «Un livre sur Mélanie Cabay et François Blais», car l’auteur y parle aussi beaucoup de lui-même, du jeune homme pas particulièrement accompli qu’il était au milieu des années 1990 et qui s’est retrouvé à développer une fixation sur ce crime violent. Le résultat de cet étrange amalgame aurait pu être passablement indigeste, mais François Blais, avec son sens du style habituel et une étonnante candeur, signe là un excellent livre, qu’on peine à déposer une fois qu’on en a commencé la lecture.