La Fabrique Culturelle

Qui replantera l’olivier?, d’Anya Nousri

Revue «Liberté»

Rédigé par l’autrice Anya Nousri, le texte de création littéraire Qui replantera l’olivier?, paru dans la revue Liberté, est finaliste aux Prix d’excellence de la Société de développement des périodiques culturels québécois (SODEP), dans la catégorie «Création littéraire».

Débordant les langues et les cultures, Anya Nousri découvre les sortilèges
de plaisir et d’interdit qui poussent sur les sols de l’héritage.

Qui replantera l’olivier?

Qui replantera l’olivier?
Où sont passés les gens que j’ai aimés?
Qui foulera le chemin de ma maison?
Qui m’aimera au rythme des saisons?

Il y a plusieurs façons de pratiquer le tarbet. Nana Feroudja explique à ma mère les subtilités du rituel. Fais-les tous, je veux la protéger au maximum. Le premier rite sera pour éloigner les hommes qu’elle désirera. Toujours vêtue d’une robe fuchsia, elle nous emmène dans une pièce où elle m’invite à sauter sept fois sur le sol au tapis tissé de symboles kabyles. Je dois répéter la phrase: ana hit, ould ennas khit. Le deuxième sera pour l’empêcher de céder aux hommes qui la désireront. Avec une lame de rasoir, elle effectue une petite incision en forme de croix, juste au-dessus de mon genou. Je récite une autre formule: y’a demrokbti, sedli nokbi. Le troisième rituel sera pour bloquer les hommes qui voudront la forcer. J’écarte ensuite les jambes et lève les yeux vers le ciel pendant qu’elle dépose un cadenas par terre, ouvre et referme la serrure avec une clé, sept fois. On m’interdit formellement de regarder le cadenas. Je dois déclamer la phrase finale: ana khit, ould ennas hit.

Olivier. Son nom m’a interpellée. Olivier comme sedjra taa zitoune, comme mon héritage. Mon grand-père nous le disait toujours: Prenez soin de vos terres, malgré que vous soyez fel kharedj. L’wert taakoum. Les oliviers, c’est tout ce qui restera. Pour Olivier, mon nom paraît exotique. Il me propose une date, me french. Tu veux boire un verre chez nous? C’est bien la première fois que le Québec s’infiltre dans mon intimité. Au secondaire, je n’avais pas d’occasions. Pas assez déniaisée, pas assez cute non plus aux yeux des white boys. Alors, je les regardais de loin, tous ces gars qui ne me considéraient pas comme une blonde potentielle. J’ai fini par give up on them. Un peu trop de rancune. Je laisse une chance à Olivier. Olivier parce que comme sedjra taa zitoune. Olivier qui me fait découvrir une première teub non circoncise. Je suis désemparée, je ne sais pas comment la prendre. Mon handjob est à chier. Je m’excuse. Il ne comprend pas. C’est la première fois. Oh damn, t’es encore vierge, c’est malade! Non, c’est la première fois que je dois gérer le prépuce.

À Montréal, ma mère me balance que mon cœur est pourri et que je suis devenue laide. On dirait que la djinniya Oumou Sibyane est venue dans ta chambre durant ton sommeil et qu’elle t’a transformée. Elle ne me reconnaît plus. Ça me hit. Elle me trouve haineuse et ne comprend pas pourquoi.

Elle m’empêche de sortir pour ne pas qu’on me salisse. Elle veut mon bien, c’est tout. Elle n’en a rien à chier de mes états d’âme, je la remercierai plus tard, elle en est convaincue. Je lui avoue ma tentative de suicide. Silence. Je lui répète que je veux die. Meurs si tu veux, mais ne fornique pas.

Le premier Olivier, c’était mon kick du primaire. Un des plus beaux de mon école. Avant lui, c’était Marc-Antoine, et puis celui d’avant, Gabriel. Mais surtout pas Amir. Amir, mon double, celui qui me ressemble trop. Le même teint, les mêmes cheveux, le même nez. Tout le monde le niaisait, parce que son teint, ses cheveux et son nez. Moi aussi, je le fuyais, pour ne pas me voir dans le rejet. Mais on me repoussait quand même. Olivier préférait Lara, parce que son teint, ses cheveux, son nez. Il disait même ses yeux, des yeux que je n’aurais jamais. J’imitais Lara pour qu’Olivier me regarde, mais il continuait de m’ignorer.

Missionnaire. Ça rentre pas. Je me retourne. Prends-moi en levrette. Il essaie de nouveau. Je serre les dents, je m’agrippe aux draps, je me dis: détends-toi, respire, détends-toi, c’est pas une menace, tu le veux en toi. Il réussit à me pénétrer, un tout petit peu. Ça va? Mon oui est à peine audible. Il débande. Changement de position. Viens sur moi. Je le branle. Il bande de nouveau. Attends, doigte-moi. Ça glisse. Deux doigts. Oh oui, oh oui, je mouille; cette fois, c’est la bonne. L’amazone. Non, couche-toi, ça ira mieux. Une grande respiration. Une sensation de lames qui me déchirent de l’intérieur. Il débande. Non, regarde mes seins. Ouf, je l’ai échappé belle. Je me détends. Fais le vide. C’est off. Désolée, c’est plus fort que moi, ça rentre juste pas.

Mon corps n’est pas le mien, il est colonisé par des désirs annihilés. Je me retrouverai seule à recoudre des douceurs sur ma peau, conquise par leurs rites. Les soupirs. Tu n’es pas assez bien. Soupir. On te jettera. Soupir. Éternel coup d’un soir. Tais-toi, tu t’incrustes, copie ma voix, deviens mon double, tais-toi. Soupir. Tu n’en vaux pas le coup. Soupir. Tu seras toujours leur chienne. C’est ce que je veux, mom. Maintenant, tais-toi. Je me retourne en levrette.

Olivier m’enlace. Un autre Olivier, ils sont tous des Olivier. J’suis pas raciste, j’aime vraiment tout le monde, toutes les origines, mais mes parents… J’ose pas lui dire que je m’en câlice, qu’il est juste un one night, et que le racisme de ses parents, je l’ai dans le cul. Ma famille défend la loi 21. Genre, ma mère serait en tabarnak si je sortais avec une fille voilée. Je pense que son but est de me turn off jusqu’à ce que je vomisse. Eille, j’ai une idée! Je pourrais t’inviter à un souper de famille en te faisant passer pour ma blonde. Tu pourrais mettre un voile. Je vais leur montrer que, OK, t’es voilée, mais t’es surtout fucking smart comme fille. Je le dévisage, mais ça ne suffit pas à arrêter ses conneries. Mais, for real, si on fait ça, faudra vraiment que t’aies du guts, parce que je te préviens, y vont te rentrer dedans. Ma mère est tellement raciste, j’pense qu’elle serait capable de te faire pleurer en cinq minutes.

En 2019, beurette est la catégorie pornographique la plus recherchée en France. Jeune beurette aux gros seins qui me suce avant que je la baise. Bonne beurette attrapée par les cheveux. Je baise une salope de beurette dans mon salon. Fellation par ma beurette au cinéma. Chienne de beurette en levrette. Ejac interne sur beurette algérienne. Je baise enfin le cul de cette beurette. Tema ma beurette en levrette. Beurette se fait soulever comme jamais. Beurette se fait fister comme une salope. Beurette twerk sur ma queue. La reine des beurettes aime le facial. Vidage de couilles sur une beurette. Beurette soumise.

J’arrive au cégep et les Olivier ne me voient plus de la même façon. Ils reviennent à profusion pour hit on me. Maintenant qu’ils ont découvert Mia Khalifa, mon visage leur inspire la luxure. Are you even a brown girl with glasses if you haven’t been called Mia Khalifa? Un autre Olivier du secondaire m’avoue qu’il a toujours eu un crush sur moi.

Il part dans ses élans lyriques: beauté sauvage, j’ai de la fougue, some shit like that. Mais moi, j’suis loin, beaucoup trop loin pour eux. Je me réconcilie avec Amir, je fréquente d’autres mecs, Youssef, Yacine, Amine. Je m’abandonne aux miens, ils attendrissent mon corps, comprennent son odeur, plongent dans sa toison. Datni l’nif aalihoum, je sors les crocs. Les clichés, les clichés, faut toujours que nos frères battent leurs sœurs, et que les Olivier les libèrent. Au contraire, c’est Olivier qui m’enterre, c’est lui qui me ramène à ce corps haï.

Est-ce que vos menstruations sont douloureuses? Ouais, vraiment, souvent je ne peux pas me lever de mon lit. Est-ce que c’est abondant? Et vous n’avez jamais pensé à la pilule? C’est compliqué. Avec ma mère qui épie mes faits et gestes, prendre une pilule toujours à la même heure, c’est cramé. Et vous avez pensé au DIU? C’est compliqué. Sans hormones, ça n’aide pas pour les douleurs menstruelles, et avec hormones, après un an, on n’a pas nos règles. Ma mère connaît mon cycle menstruel par cœur. Je vois que vous avez pensé à tout. Et vos rapports sexuels? Est-ce qu’ils sont douloureux? Oui. La plupart du temps, la pénétration est impossible. Lorsqu’elle est possible, la douleur est insoutenable. On dirait des incisions de l’intérieur. Oui, c’est assez fréquent chez les femmes de votre communauté, on appelle ça du vaginisme… C’est le tarbet. Je comprends que c’est parce qu’il y a des années déjà, Nana Feroudja m’a nouée.

Entre deux coups de reins, avec les testicules qui claquent mes fesses, il me dit: Tu envoûtes comme Lalla Mira. Je voudrais ne faire qu’une avec elle. Sentir sa puissance dans mes veines. Viens en moi, Lalla Mira, viens en moi. I’m calling you. Je t’implore de me guérir, de m’exorciser de mes angoisses. Mes oncles, mes tantes, ma mère, toustes les autres ont peur de toi. Iels me tueraient s’iels apprenaient que je passe mes soirées à invoquer une djinniya. J’m’en câlice d’avoir l’air fuckée. Viens en moi, Lalla Mira, viens en moi. Aide-moi à me venger. Je torturerai tous ceux qui ne m’ont pas donné d’attention, ceux qui m’ont rejetée, les ghosters et les fuckboys, tous ces petits charos. Nous hanterons leurs rêves puis leurs fantasmes. Nous irons copuler sous leurs yeux: de ta langue, tu les videras. À tout jamais. Bannis-les, enlève-leur le droit au plaisir, plus aucune éjaculation. Lalla Mira, j’ai appris toutes les prières, les poèmes et les danses. Écoute le gnawa que je mets à fond; c’est pour toi, Lalla Mira. C’est moi qui t’appelle. Viens en moi, Lalla Mira, viens en moi. Je garderai tous mes youyou pour ton arrivée.

Bouba a peut-être raison de nous garder captives, mes cousines et moi. Hadou kahbat hadou tahanat. Je veux que tout le village sache que, pendant que les autres attendent le hlel, moi, je me fais démonter. Pendant que les jeunes femmes de telle et telle famille attendent impatiemment ce jour béni pour perforer leur hymen, moi, je pense à le coudre et à le découdre à l’infini juste pour faire subir en continu l’ahchouma à mon oncle. Une dépravée, la nièce de Bouba. Je l’imagine se promener dans le village et les hommes chuchoter sur son passage. J’imagine les aînés lui cracher dessus. J’imagine les femmes auprès de la fontaine médire à mon sujet durant tout l’après-midi. J’aimerais le voir fou de rage, le narguer. J’aimerais lui faire bouffer son honneur. Le lui faire avaler, gorge profonde.

Je cherche le plaisir partout, mais il se dérobe. Je peux te pénétrer? On n’a pas vraiment commencé que déjà tu veux entrer? J’oubliais presque, je ne suis que ça: un trou. Je n’ose pas quémander, alors j’insiste. Really? T’aimerais pas qu’on se caresse avant? Allez, j’en ai trop envie. Tu serais pas down de passer ta langue sur mes seins, mon antre, insérer un doigt, plusieurs, un poing même si tu veux? Je lui montre ce qu’est la jouissance, mais il ne réplique pas. Deep down, j’voudrais juste sacrer mon camp, mais j’obtempère, je donne ce qu’on attend de moi. Ma mom me dira: On te verra toujours comme un trou, tu ne seras rien d’autre. Et ça me fera chier de lui donner raison. Je cherche à tomber en amour alors que je dégoûte ma propre mère. Une prouesse: j’ai réussi à détruire le sacro-saint amour maternel inconditionnel. J’écarte les jambes. Un trou. Il me pénètre et me tej. Je ne sais pas ce qu’il pensait y trouver. Mon vagin est comme tous les autres aheccun, il n’y a pas d’or à l’intérieur, rien de précieux, pas même une membrane. Un trou. Vide.

Un été, durant nos vacances en Algérie, ma mère, enragée, débarque chez Nana Feroudja. Aghioult, une grande aghioult que tu es, le rituel du tarbet que tu lui as fait quand elle était jeune n’a pas fonctionné. Imposteure. Kelba. Nana Feroudja me regarde, ébahie. Moi, la petite protégée, comment ai-je pu déshonorer ma lignée? Ma mère est furieuse: J’ai tout fait pour qu’elle ne fornique pas. Je l’ai barricadée. Je savais que je prenais un risque en allant vivre chez les gwar, mais j’ai tout mis en place pour la préserver. Interdite de sorties, pas de fêtes, pas de garçons, pas de téléphone. J’ai installé des logiciels espions sur son ordinateur, et le coup de grâce, la protection ultime, le rituel du tarbet. Nana Feroudja semble à la fois déconcertée et impressionnée; elle se demande probablement comment j’ai pu détourner tous les stratagèmes et, surtout, mettre en échec son rituel: j’étais nouée, pourtant j’ai perdu ma virginité. Si j’entends une rumeur au village à son sujet, je saurai que ça vient de toi. Tu gardes ce secret jusqu’à ta tombe sinon je te tue. Tu entends? Je te tue. Tu vas me la purifier tout de suite. Je la veux guérie, tu comprends?

Durant le cours d’informatique, en troisième secondaire, Annabelle vient me voir. T’es don’ ben fuckée. J’ai lu ton skyblog hier. T’as écrit que tu veux me ressembler. Que t’aimerais être comme moi, comme Josiane, comme Vanessa. C’est weird en estie. Je suis trop malaisée, je sais plus où me mettre. Je ne pensais pas que quelqu’un de ma classe tomberait là-dessus. Je bégaie. Ça sert à rien de me justifier, elle peut pas catcher que tous les gars sur qui j’ai un crush ne s’intéressent pas aux filles comme moi, avec la peau mate, les cheveux secs, et des poils noirs sur les bras. Systématiquement, les Olivier vont vers ces filles que l’on met sur un piédestal dans les magazines Cool! ou dans les shows à la télé, Les frères Scott, Newport Beach et tout ça. Des Annabelle, des Josiane, des Vanessa. J’ai beau m’aplatir les cheveux chaque matin, m’acheter des vêtements au Joshua Perets, changer mon accent, utiliser leurs expressions, tout faire comme elles, ça ne suffit pas. Je détonne, moi, la petite Algérienne. Laide, moi, la petite Algérienne. Après tant d’efforts, je reste toujours moi, la petite Algérienne wannabe Québécoise.

Nana Dehbia cogne à la porte. Azul fellawen, je suis venue pour elle. Je catch pas tout de suite qu’elle parle de moi. Ma mère s’empresse de l’accueillir. Elle est venue rectifier le travail raté de Nana Feroudja. Cette imposteure. Elle crache par terre lorsqu’elle prononce le nom de notre ancienne guezena. Mom, please, c’est le moment de passer ta main dans mes cheveux, de me dire un truc rassurant. Sans comprendre pourquoi, today, j’ai vraiment la chienne. Ne t’inquiète pas, benti, tout redeviendra comme avant. Nana Dehbia me pointe du doigt à nouveau. Souillée, je suis une khamadjoun.

Du sang coule entre mes jambes. Nana Dehbia s’accroupit et enduit son doigt de cette sève. Elle s’approche de ma plus jeune cousine. Monte ta djeba ah yelli. Nana Dehbia trace un symbole sur son genou droit. S’ensuit un immense zaghrit collectif. Le plus strident que j’ai entendu de ma vie. Sa mère pleure de joie. Pure, ma fille est pure…

Mon plan cul me parle de nos prochaines vacances au Maroc. Quand on ira à Casa, je t’emmènerai à la petite île de Sidi Abderrahman. Oh, nous aussi, on a un saint qui porte ce nom à Alger. T’es cute, mais c’est pas pareil. Sur notre île, y a plein de voyantes et des marabouts. Elles pourront lire les lignes de ta main et t’expliquer comment faire du s’hour. Je bois ses paroles. Ensuite, je t’emmènerai à la tombe d’Aïcha Moulat Lwade. Avant de commencer le rituel de purification, tu devras faire une offrande. Je me mets à caresser son membre. Ça peut être un foulard, des bougies, mais ce qu’elle préfère par-dessus tout, c’est les poules noires.

Je le chevauche. Elle peut t’aider à t’enlever le mauvais œil, toute cette poisse qui te poursuit, ou au contraire mettre l’œil sur quelqu’un, mais pour ça tu devras te baigner dans une mare près de son sanctuaire et jeter tes sous-vêtements sous le figuier à côté. Il sait comment me turn on.

Quand on me dit khamdja, je me rappelle que je ne suis pas seule. Il y en a d’autres comme moi. Je pense à elles, même si je ne les connais pas. Dans ma famille, pour me transmettre la dignité, on ne m’a parlé que de guerrières et de saintes. Tin Hinan, Dihya, Lalla Fatma N’Soumer. Mais j’ai eu la chance d’entendre les chuchotements, de déceler les récits de celles qu’on voudrait étrangler. J’aimerais être accueillie dans la maison de l’ogresse, Akham n’Teryel. Moi, orpheline d’affection, je téterai ses seins pour qu’elle m’intègre dans sa lignée. Et toutes ces djinniyates qu’on invoque lors des transes, Lalla Malika, Lalla Mira, Aïcha Kandicha. Mes sœurs, mes amies, elles traversent les lignes de ma main, toutes mes horreurs. On voudrait nous effacer, nous les khamdjat, les parias. Nous existerons toujours à travers nos langues.

Anya Nousri est une autrice montréalaise d’origine algérienne. Elle s’intéresse à la littérature maghrébine et aux enjeux décoloniaux. Elle a publié dans les collectifs Cruelles, Récits infectés, Pissed pestes puissantes, Capillaires et Mortel·les. Elle a également publié des textes dans les revues Saturne et Musemédusa.

 

Ce texte s’inscrit dans le dossier 341, Sexe en novembre, qui parle de sexualités désobéissantes. Il fait partie d’un ensemble de textes qui est devenu le livre On m’a jeté l’œil, paru aux éditions Triptyque en 2024.