La Fabrique Culturelle

La Fabrique culturelle

Dossier

Concours Numix: quelques questions à des producteurs culturels d’ici

Le jeudi 18 mai prochain se tiendra le Gala Numix, un prestigieux événement au cours duquel seront remis les Prix d’excellence des médias numériques. Comme le mandat de #LaFab est de faire rayonner la culture, toutes disciplines confondues, il nous semblait important de souligner à notre tour le travail remarquable de celles et ceux qui font du Québec une plaque tournante des arts numériques. Lumière sur quatre des onze projets exceptionnels qui se retrouvent en nomination dans la section «production culturelle».

12 mai 2017

Olivier Girouard, directeur artistique chez Ekumen

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Ekumen, c’est quoi et c’est qui?

Un organisme montréalais de production en arts sonores et médiatiques doté d’un comité artistique issu d’une variété des disciplines. Ekumen veut «mettre le son en relief». Cela signifie, par exemple, d’inviter des compositeurs à créer et performer dans un lieu singulier – comme on l’a fait pour Musique d’impression, dans un atelier de reliure – en s’appropriant entièrement l’environnement : amplifier les presses, le papier, la voie ferrée adjacente…

Votre projet LOOP, en trois phrases… (ou presque!)?

  • C’est une installation lumineuse, sonore et participative qui a remporté le 7e concours Luminothérapie du Quartier des spectacles.C’est aussi un hybride entre la boîte à musique, le zootrope et la draisine à levier.
  • C’est une machine aux allures rétrofuturistes, qui recrée des boucles de contes animés quand les passants l’activent.
  • L’œuvre (comportant 13 roues) a rejoint plus de 48 000 personnes à Montréal cet hiver, alors qu’elle était présentée sur la place des Festivals du 8 décembre 2016 au 29 janvier 2017. Beaucoup de photos et de vidéos ont circulé et des blogues l’ont remarquée, même à l’autre bout du monde.
  • C’est aussi un pari que j’ai fait avec Jonathan Villeneuve, co-concepteur de LOOP, d’inventer une machine qui n’existait pas. Il fallait rassembler des gens aussi fous et passionnés que nous pour la réaliser. Ottoblix (qui a réalisé les animations et les projections architecturales de LOOP) nous a rejoint très tôt dans le processus pour faire le visuel de l’installation. Des mois intenses de travail, de négociation, de persévérance, et 22 000 vis plus loin; on a réussi !


Pour vous, les arts numériques au Québec, c’est…

J’ai une formation en musique et, en 2013, j’ai bénéficié d’une résidence de recherche et création en arts numériques du Conseil des arts des lettres du Québec en lien avec la Gaîté lyrique et le Cube à Paris. Ce fut une opportunité de lancer des projets avec des gens passionnants, de faire des contacts avec des diffuseurs et organismes qui font un travail important de promotion et d’accessibilité des arts numériques (parmi d’autres arts).

Les outils numériques sont présents dans ma pratique de compositeur ; est-ce qu’ils définissent pour autant ce que je fais et comment je m’y prends ? Pas nécessairement. Mais, par leur entremise, ma musique peut entrer en dialogue avec d’autres pratiques artistiques; ça élargit les possibles. Ils amènent le son sur un autre plan. Par exemple, c’est par la programmation d’un circuit imprimé que je peux utiliser le mouvement d’une roue pour faire du son, ou encore utiliser ce son pour produire de la lumière.

Si vous pouviez nommer un.e créatrice.teur québécois.e qui vous a influencé dans votre travail, ce serait qui?

La liste est longue ! Chaque personne avec qui je travaille laisse son empreinte. C’est aussi ça Ekumen : chaque jour, partager l’espace avec des artistes inspirants (Maxime Goulet, Gabriel Ledoux, Elysha Poirier et Dominic Thibault). C’est par les collaborations, les rencontres et les amitiés que mon travail évolue.

La communauté au sens large est un appui. Les voyages aussi sont fondamentaux pour voir ce qui se fait ailleurs et comment – je pense à Barthélémy Antoine-Loeff, Matthias van Eecloo, Sébastien Roux. Ce ne sont que quelques noms, mais ils sont tous des créateurs et collaborateurs inspirants.

Très jeune, j’ai eu la chance de travailler sur l’œuvre de Pierre Perrault. Je ne l’ai connu qu’au travers de sa conjointe Yolande qui m’a fait réaliser que les artistes québécois ne sont pas juste des personnalités publiques, mais des gens qui prennent part à la vie en société. Elle me parlait de Gaston Miron et de Marcelle Ferron comme des amis et non comme le poète ou l’artiste visuelle.

Une révélation inattendue, une illumination ou même un moment d’épiphanie que votre projet vous a permis de vivre?

On a les pieds et les mains gelés en prenant un chocolat chaud devant l’installation en montage sur la place des Festivals. Dernier droit, dernières nuits sans sommeil. Je regarde le panneau du Quartier des spectacles qui indique «Montage en cours» avec une image que nous avions déposée pour l’appel de projets un an plus tôt. C’est là que je réalise : malgré tous les détours et toutes les décisions à prendre, nous n’avons jamais dérogé de notre plan initial. L’installation sous nos yeux et sur le photomontage sont les mêmes: nous avons fait exactement l’œuvre que nous avions en tête !

Gagner un Numix, ça change peut-être pas le monde, sauf que…

C’est une belle façon de reconnaître le travail accompli et d’ouvrir des portes sur ce qui s’en vient. Notre présence comme finaliste aux prix Numix est une occasion à saisir de rayonner davantage, au sein d’une communauté experte et allumée. L’idée est d’être parmi les meilleurs, collectivement. Et faire la preuve de la détermination et de l’engagement des créateurs au Québec.

Sur quel projet on pourra vous voir travailler dans les prochain(e)s mois/années?

Avec Ottoblix, dès l’automne prochain, nous habillerons la façade du nouvel Édifice WILDER. Notre projet Anaphore a été choisi par concours le mois dernier, et nous avons récemment commencé le tournage avec le chorégraphe Jacques Poulin-Denis et plusieurs interprètes amateurs et professionnels qui incarnent la multiplicité de la danse.

J’ai dû mettre beaucoup de projets sur la glace durant cette dernière année, alors j’en suis à relancer mes collaborateurs. Mais un disque est à paraître en novembre et, bien sûr, le fonctionnement d’Ekumen.

Marc-Antoine Jacques, directeur artistique et associé chez Folklore

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Folklore, c’est quoi et c’est qui?

Une équipe de créateurs passionnés. On conçoit et produit des projets interactifs, parfois à notre compte, mais la plupart du temps en collaboration avec des entreprises culturelles, des médias et des institutions publiques. On est actuellement quatre artisans permanents, auxquels se greffent souvent des collaborateurs de tous horizons. Pour nous, les médias interactifs, c’est un échange culturel facilité par la technologie.

Votre projet Rainmakers, en trois phrases?

  • C’est une réflexion artistique sur le pouvoir de l’eau potable à travers les réalités économiques et politiques d’aujourd’hui.
  • C’est aussi une oeuvre expérimentale du photographe et directeur photo Pierre Manning.
  • C’est un nouveau format interactif simple et accessible sur toutes les plateformes numériques que nous voulons développer durant la prochaine année.

Pour vous, les arts numériques au Québec, c’est…

Des créateurs inspirants tels que Vincent Morisset du Studio AATOAA, Mouna Andraos et Melissa Mongiat du studio Daily tous les jours. C’est aussi des grandes entreprises comme Moment Factory, qui intègrent les arts numériques à leur pratique commerciale. Et pour nous, c’est un beau terrain de jeu.

Une révélation inattendue, une illumination ou même un moment d’épiphanie que votre projet vous a permis de vivre?

En ajoutant le son sur le projet, on s’est rendu compte de la puissance des images. Dans le projet actuel, la réalisation sonore de Jean-François Clermont ajoute vraiment beaucoup d’impact à des images déjà fortes. C’est à tomber sur le cul.

Gagner un Numix, ça change peut-être pas le monde, sauf que…

Ça donne beaucoup de fierté à tous les artisans qui ont façonné le projet reconnu. Ça rend le party d’après-gala plus agréable. Et pour Folklore, ça nous donne une visibilité et une crédibilité non négligeable.

Sur quel projet on pourra vous voir travailler dans les prochain(e)s mois/années?

Nous réaliserons, au sein du Lab Culturel de Culture pour tous, une machine à sous physique et interactive reliée à un Facebook live qui distribue en temps réel de vrais trente sous pour chaque «J’aime» obtenu pendant la retransmission. Nous travaillons aussi sur un logiciel destiné aux créateurs, qui leur permettra de réaliser des oeuvres interactives accessibles sur toutes les plateformes, sans avoir recours à un lourd processus de programmation. Ça promet!

Bruno Ribeiro, réalisateur chez Moment Factory

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Moment Factory, c’est quoi et c’est qui?

Un studio multimédia avec autant des réalisateurs, des designers, des producteurs. Tout est incorporé. C’est un endroit où l’on peut se permettre de faire des projets qui sortent des normes, car on contrôle tout de A à Z. Il n’y a pas une personne qui ressort en particulier; on est une équipe et la responsabilité est partagée par toutes et tous.

Votre projet Nova Lumina, en 3 phrases?

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  • Un parcours nocturne en bord de mer à Chandler.
  • C’est une histoire immersive qui met en valeur la forêt.
  • On a voulu développer le côté immersif, alors dans l’expérience, les gens reçoivent un bâton interactif avec lequel ils peuvent interagir et s’immerger et se connecter encore plus avec l’installation.

Pour vous, les arts numériques au Québec, c’est…

Montréal est un eldorado de l’art numérique. On est super pointu au niveau mondial, c’est un terreau fertile pour le domaine.

Si vous pouviez nommer un.e créatrice.teur québécois.e qui vous a influencé dans votre travail, ce serait qui?

Je ne pourrais nommer une seule personne, car la scène du numérique et du multimédia à Montréal est impressionnante et la diversité de talent est une grande source d’inspiration. Pour Nova Lumina par exemple, il y a un ensemble d’aspects qui nous a influencés: de la lumière, de la musique, du storytelling. Les arts numériques, c’est aussi tout ça; un mélange d’éléments qui proviennent de plein d’influences variées.

Une révélation inattendue, une illumination ou même un moment d’épiphanie que votre projet vous a permis de vivre?

On a passé un gros mois et demi en Gaspésie pour l’intégration du projet Nova Lumina. À cause de la nature de l’oeuvre, on a travaillé de nuit, donc environ de 22h à 6h du matin. Quand le soleil se levait, on était tous ensemble à regarder le paysage. C’était beau!

Nova Lumina, A Night Walk by the Sea [DEMO] from Moment Factory on Vimeo.

Gagner un Numix, ça change peut-être pas le monde, sauf que…

C’est un honneur que d’être reconnu par nos pairs, c’est une belle reconnaissance. Les arts numériques au Québec, c’est une scène qu’on veut faire grandir, faire évoluer.

Sur quel projet on pourra vous voir travailler dans les prochain(e)s mois/années?​

Nous venons d’inaugurer un gros projet: Aura. C’est une expérience immersive au sein de la Basilique Notre-Dame qui y sera installée pour les dix prochaines années. L’installation met en valeur l’architecture de la basilique dans un spectacle d’une vingtaine de minutes.

Le 17 mai, nous lançons le projet «Le collecteur de mémoires» au Musée Pointe-à-Callière. Sinon, nous avons une collaboration avec l’OSM pour Une symphonie montréalaise pour clôturer la saison 2016-2017 de l’orchestre. Dès juillet, nous inaugurerons le projet Tonga Lumina à Mont-Tremblant, sans compter l’illumination du Pont Jacques-Cartier qui sera officiellement lancée le 17 mai. Et, évidemment, plusieurs projets à l’international.

Éric Demay, directeur de création chez GSM Project

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GSM Project, c’est quoi et c’est qui?

C’est une firme multidisciplinaire montréalaise qui existe depuis 1958. Notre équipe est constituée d’environ 130 concepteurs et producteurs du milieu des arts numériques. Nous avons également des bureaux à Dubaï et Singapour. On y fait du design et la production d’expériences de visite, majoritairement pour des musées, des marques et/ou des développeurs immobiliers. Notre but: créer des expériences mémorables et chercher une idée de transformation, c’est-à-dire que le visiteur puisse se connecter avec l’expérience, ressentir un vécu émotionnel. On souhaite qu’il en sorte et s’en souvienne longtemps.

Votre projet Mtl Go, en 3 phrases?

  • C’est une destination au centre-ville, plus précisément au sommet de la Place Ville-Marie, qui comprend un observatoire, une exposition, un restaurant. L’idée est d’y offrir une expérience qui s’adresse autant aux touristes locaux qu’internationaux.
  • C’est, en quelque sorte, une révélation de l’invisible. Perché tout en haut, on cherche à plonger dans Montréal, dans ses différents quartiers, à la faire découvrir visuellement, à la révéler à l’aide de capsules historiques, de photos. On souhaite aller à la découverte de ce qui n’est habituellement pas perçu.
  • C’est aussi une façon de comprendre le territoire, la ville et aussi la culture montréalaise. C’est un nouveau départ pour redécouvrir la métropole; on invite les gens à devenir touristes dans leur propre ville.

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Pour vous, les arts numériques au Québec, c’est…

Ce que j’aime particulièrement au Québec –  et ce n’est pas limité aux arts numériques –  c’est qu’on peut voir une belle contamination des différents domaines culturels. Que ce soient des gens de cinéma, de théâtre, du domaine des jeux vidéo, des arts de la scène,  tous sont complices. Personnellement, chaque fois que je vais dans un festival ou voir un spectacle, je suis heureux de constater les dialogues qui ont lieu entre les différents acteurs de la sphère culturelle.

Si vous pouviez nommer un.e créatrice.teur québécois.e qui vous a influencé dans votre travail, ce serait qui?

Le théâtre me fait vraiment triper; entre autres, par la mise en scène d’une histoire, même si c’est un contexte extrêmement contrôlé. Le spectateur fait partie de l’oeuvre, ou du moins c’est écrit pour lui; il est pris en charge. Et, évidemment, ça me parle, puisque c’est ce que je fais dans mon métier aussi: raconter des histoires.

Et, plus récemment, il y a eu toute une vague autour de Denis Villeneuve. Je trouve qu’il propose un super travail des espaces, des ambiances. Il nous permet de nous catapulter dans un autre monde. On est vraiment partie prenante de l’histoire.

Une révélation inattendue, une illumination ou même un moment d’épiphanie que votre projet vous a permis de vivre?

Oui! Lorsqu’on a commencé à faire la recherche des sujets pour Mtl Go et qu’on se demandait comment les traiter, comment découper ça.  On pense connaître notre ville, notre entourage. Mais, tu grattes un peu et c’est un monde entier qui apparait et dont tu n’avais aucune idée. En fait, ça a été un tour de la ville en 360 degrés qui m’en a mis plein la vue. Culturellement, et même au niveau du multiculturalisme, Montréal est un lieu très fort, très ouvert. Juste dans la sphère des arts, on ratisse tellement large! Historiquement, on oublie plein de choses sur cette ville. Pourtant, on est entouré de tout plein de vestiges d’autres époques qui nous rappellent, par l’architecture, le design urbain, à quel point c’est une métropole extrêmement riche. Bref, on tient beaucoup de choses pour acquises. Ça a été un vrai beau moment de redécouverte.

Place Ville Marie Observatoire GSM PRJCT
Place Ville Marie
Observatoire GSM PRJCT

Gagner un Numix, ça change peut-être pas le monde, sauf que…

C’est être reconnu par ses pairs comme un contributeur à la sphère des arts numériques québécoise. C’est encourageant et c’est un honneur pour poursuivre dans cette voie. Ce que j’aime particulièrement avec les Numix, c’est qu’il s’agit d’un des seuls concours qui ratisse aussi large; on y retrouve des gens qui ont toute sorte de parcours. Ça me touche de faire partie de cette communauté. Je suis extrêmement heureux de voir, chaque année, les projets gagnants. Parce que, qu’on gagne ou non, ça fait évoluer tout le monde.

Sur quel projet on pourra vous voir travailler dans les prochain(e)s mois/années?​

Dans le cadre du 150e anniversaire de la confédération du Canada, nous avons quatre expositions dans la région d’Ottawa en collaboration avec quatre musées:  le Musée canadien de l’histoire, le Musée canadien de la nature, le Musée des sciences et de la technologie du Canada et le musée de la Banque du Canada.

À moyen terme, nous avons un très grand projet d’exposition muséale- l’un des plus importants sur lequel nous avons pu travailler jusqu’à maintenant- à Dubaï.

Dans un avenir plus lointain, il y a beaucoup de projets qui sont plus embryonnaires, mais pour lesquels nous sommes très excités, car ils prendront place à Singapour. Pour nous, c’est extrêmement stimulant d’explorer ce territoire en croissance et d’être présent dans ce marché de l’art numérique.

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